Le plan e-santé fédéral 2025-2027 en Belgique dans son contexte complexe
Le plan e-santé
Le programme e-santé 2025 en Belgique correspond au plan d’action interfédéral de santé numérique couvrant la période 2025-2027. Il a été dévoilé en février 2025 par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) comme une feuille de route ambitieuse visant à transformer le paysage numérique de la santé belge. Ce plan s’inscrit dans la continuité des efforts précédents (notamment le plan e-santé 2022-2024) avec un accent particulier mis sur l’opérationnalisation des projets existants et la création de synergies entre eux. Face aux défis actuels du système de santé (vieillissement de la population, hausse des maladies chroniques, multimorbidité, etc.), l’e-santé est perçue comme un levier pour moderniser l’organisation des soins. L’objectif général du programme e-santé 2025 est d’améliorer la qualité, la continuité et la sécurité des soins grâce à la numérisation, à l’innovation et à l’autonomisation de l’ensemble des acteurs de santé. En d’autres termes, il s’agit de soutenir un écosystème durable intégrant prévention, bien-être et soins, via des outils numériques adaptés.
Le plan e-santé 2025 vise à développer une architecture intégrée de la santé numérique en Belgique où les multiples composantes et plateformes TIC (technologies de l’information et de la communication) existantes pourront être partagées de manière transparente entre un grand nombre d’acteurs. Pour concrétiser cette vision, le plan s’articule autour de trois axes stratégiques.
1/ Renforcement des services de base eHealth : poursuivre le développement des services de base de la plateforme eHealth fédérale. Ces services socles (identification, échanges sécurisés, etc.) constituent l’infrastructure fondamentale sur laquelle reposent de nombreux projets de santé en ligne. L’objectif est d’assurer une base technique solide pour les nouvelles initiatives, en améliorant continuellement les plateformes existantes.
2/ Dossier Santé Intégré Belge (BIHR) opérationnel : accélérer le déploiement du Belgian Integrated Health Record (BIHR), c’est-à-dire un dossier de santé intégré à l’échelle nationale. Cela inclut la mise en place de sources de données authentiques (bases de données de référence fiables) et l’optimisation des composants nécessaires pour relier, consulter, visualiser et enregistrer les données de santé de chaque patient à travers les systèmes. Le BIHR doit garantir la continuité des soins tout au long du parcours du patient, y compris l’échange transfrontalier de données de santé au sein de l’UE.
3/ Alignement sur les programmes de fond (soins intégrés) : faire en sorte que les projets de santé numérique soutiennent directement les réformes de fond du système de soins belges, en particulier le développement des soins intégrés. Concrètement, les initiatives e-santé doivent créer les conditions technologiques propices à la réussite des nouveaux modes de prise en charge (par exemple, parcours de soins pour maladies chroniques, programmes pour les patients vulnérables, etc.), tandis que ces programmes de fond définissent en retour les exigences fonctionnelles auxquelles le numérique doit répondre.
Le programme e-santé 2025 ayant été approuvé fin 2024 et officialisé début 2025, sa mise en œuvre s’échelonnera sur plusieurs années jusqu’en 2027. Le plan prévoit des étapes clés chaque année afin de mesurer la progression. Dès 2025, certaines actions prioritaires doivent être lancées, comme l’extension du BIHR et l’amélioration des services socles existants. Par exemple, grâce aux bases posées par le plan précédent, dès 2025 la Belgique pourra s’interconnecter à l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS), une initiative de l’UE pour faciliter l’échange transfrontalier de données médicales. D’ici 2026-2027, on attend une consolidation de l’écosystème e-santé belge : un dossier médical intégré fonctionnel, accessible aux patients et aux professionnels autorisés sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’une interopérabilité complète entre les différents systèmes hospitaliers, ambulatoires et de prévention. Le calendrier exact dépendra toutefois de la progression de chaque projet et de la coordination entre niveaux de pouvoir (voir gouvernance ci-dessous). En termes de gouvernance, le plan insiste sur l’importance de la collaboration interfédérale pour piloter l’e-santé. Des mécanismes de suivi communs entre l’État fédéral, les Régions et Communautés (via la Conférence Interministérielle Santé Publique) seront mis à contribution pour assurer un pilotage cohérent et le respect du calendrier annoncé.
Le contexte actuel en Belgique
Les infrastructures pour la santé digitale
Le système de santé belge bénéficie déjà d’infrastructures numériques relativement développées, ce qui constitue un terreau favorable au programme e-santé 2025-2027. Deux plateformes d’échange de données gratuites, mises à disposition par l’État, forment le cœur de l’écosystème digital de santé : 1) La Banque-Carrefour de la Sécurité Sociale (BCSS), qui sert de squelette pour les échanges d’informations entre institutions de sécurité sociale (permettant par exemple de réutiliser des données administratives d’un secteur à l’autre) ; 2). La Plateforme eHealth fédérale, spécialisée dans la santé, qui propose des services techniques (portail, messagerie sécurisée, gestion des identités, etc.) facilitant les échanges électroniques entre tous les acteurs des soins de santé.
Autour de ces plateformes, la quasi-totalité des intervenants belges en santé dispose aujourd’hui d’outils numériques interconnectés. Tous les citoyens belges possèdent une identité électronique (eID) qui leur permet d’accéder à leur espace de santé en ligne personnel. Via le portail fédéral MaSanté ou des applications associées, chaque patient peut consulter ses données médicales numérisées (médications, résultats d’examens, etc.) et gérer ses consentements, ce qui lui donne un certain contrôle sur l’usage de ses données de santé. Du côté des professionnels, l’adoption des services e-santé est élevée : on estime que 90 % des hôpitaux et prestataires belges utilisent la plateforme eHealth dans leurs interactions informatisées, par exemple pour choisir et paramétrer leurs logiciels métiers en fonction des normes communes. Un catalogue national des solutions de santé numériques compatibles est d’ailleurs maintenu par la plateforme eHealth, afin de guider les établissements et praticiens dans le choix d’outils interopérables.
Plusieurs services numériques sont déjà en routine dans le système de soins belge, fruit des actions antérieures en e-santé. Par exemple, la prescription électronique des médicaments est obligatoire depuis 2018-2020 pour la plupart des prescripteurs ambulatoires, remplaçant les ordonnances papier classiques. De même, les médecins généralistes peuvent transmettre directement les certificats médicaux d’incapacité de travail aux mutualités via un service en ligne (Mult-eMediatt), évitant au patient des démarches administratives. Le partage des données de médication d’un patient (via un schéma de médication partagé) est rendu possible entre tous les soignants concernés. La messagerie sécurisée eHealthBox permet aux professionnels d’échanger des documents de manière chiffrée. Par ailleurs, des incitants financiers ont été introduits pour encourager l’informatisation des cabinets : l’INAMI verse des primes aux généralistes, dentistes, infirmiers, kinés et sages-femmes qui utilisent un dossier médical informatisé agréé et d’autres e-services dans leur pratique quotidienne. Ces mesures ont permis de généraliser progressivement l’usage du dossier médical informatisé dans les soins de première ligne au cours de la dernière décennie.
Malgré cette base solide, l’infrastructure numérique de la santé en Belgique reste hétérogène par endroits. Le pays dispose de réseaux de santé régionaux (comme le Réseau Santé Wallon, le Réseau Santé Bruxellois et la plateforme flamande Vitalink) interconnectés via une plateforme de fédération (metahub). Ces réseaux permettent aux hôpitaux et aux praticiens d’échanger des documents médicaux (résumés, résultats de laboratoire, imageries) sous réserve du consentement du patient. Néanmoins, l’intégration complète entre tous ces systèmes locaux et fédéraux est un défi permanent. C’est dans ce contexte d’un paysage numérique déjà riche mais morcelé que s’inscrit le programme e-santé 2025, avec l’ambition d’unifier davantage les ressources et d’étendre les possibilités du numérique en santé.
Le cadre réglementaire
La Belgique est un État fédéral comportant plusieurs niveaux de compétence en matière de santé (fédéral, régions et communautés). Le cadre réglementaire de la santé numérique résulte donc d’une coordination entre ces niveaux. Les autorités fédérales règlent les matières d’intérêt général (assurance maladie obligatoire, réglementation des produits de santé, droits des patients, etc.), tandis que les entités fédérées gèrent l’organisation et le financement opérationnel des soins sur le terrain. Des conférences interministérielles régulières (rassemblant le Ministre fédéral de la Santé et ses homologues des entités fédérées) sont organisées pour assurer la cohérence des politiques de santé, y compris sur les dossiers numériques. Par exemple, c’est la Conférence Interministérielle Santé Publique qui a approuvé le plan e-santé 2022-2024 en octobre 2022, validant ainsi la feuille de route numérique précédente. Ce mode de gouvernance collaborative est reconduit pour e-santé 2025, ce qui est essentiel vu la transversalité du numérique.
Plusieurs lois et arrêtés encadrent déjà l’usage du numérique dans les soins. Sur le plan de la protection des données, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) de l’UE est d’application directe depuis 2018 et impose des exigences strictes pour les données de santé (considérées comme sensibles). La Belgique a transposé le RGPD dans sa législation nationale (loi du 30 juillet 2018 relative à la protection des personnes physiques à l’égard des traitements de données à caractère personnel), complétant la loi du 22 août 2002 sur les droits du patient qui garantit notamment le droit d’accéder à son dossier médical. En pratique, l’accès aux données de santé par les professionnels est soumis au respect du secret médical et à l’existence d’une relation thérapeutique avec le patient concerné. Les échanges via la plateforme eHealth sont sécurisés et traçables, et requièrent en général le consentement éclairé du patient (celui-ci peut enregistrer un consentement global pour le partage de son dossier entre soignants, révocable à tout moment). Par ailleurs, une loi du 21 août 2018 a créé l’Autorité de Protection des Données (APD) chargée de veiller au respect de la vie privée, y compris dans le secteur des soins.
Le cadre e-santé fédéral s’appuie sur des bases légales spécifiques. Un arrêté royal en 2008 a établi la Plateforme eHealth comme organisme public, lui confiant des missions telles que la gestion de l’identification des patients et des prestataires, la coordination des standards d’échange ou encore l’hébergement de certains services (eHealthBox, etc.). Des arrêtés de l’INAMI et décisions du Comité de l’Assurance encadrent les modalités de remboursement de nouveaux actes numériques (par exemple, la télémédecine a fait l’objet d’un cadre temporaire de remboursement pendant la pandémie de COVID-19, prolongé ensuite). Plus récemment, en 2022, la Belgique a contribué aux travaux européens sur l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) et anticipe l’adoption prochaine du règlement EHDS au niveau de l’UE : avec le plan e-santé 2025, le pays se prépare à se conformer à ces nouvelles obligations européennes visant l’interopérabilité et le partage transfrontalier sécurisé des données médicales. Enfin, en matière de cybersécurité, la directive européenne NIS (Network and Information Systems Security) de 2016 a été transposée en droit belge, classant les hôpitaux et infrastructures de santé critiques parmi les « opérateurs de services essentiels » devant respecter des normes de sécurité informatique minimales. La nouvelle directive NIS2 (2022) est en cours de mise en œuvre, renforçant encore les exigences de cybersécurité pour le secteur des soins de santé.
La santé numérique en Belgique
Plusieurs défis persistants forment le contexte dans lequel le programme e-santé 2025 doit s’inscrire.
Premièrement, la fragmentation des systèmes d’information (SI) : historiquement, le paysage des SI de santé en Belgique s’est développé de façon segmentée. Le pays compte de nombreux acteurs (hôpitaux publics/privés, associations de médecins, organismes assureurs, etc.), chacun ayant mis en place ses propres méthodes de collecte et d’enregistrement des données de santé. Cette diversité a entraîné une fragmentation avec des bases de données et applications multiples qui ne communiquaient pas toujours entre elles. Bien que la plateforme eHealth et les réseaux fédérés aient apporté des ponts technologiques (standardisation partielle, hubs d’échange) ces dernières années, il reste des silos d’information. Par exemple, tous les logiciels de dossier médical ne sont pas encore pleinement interopérables entre eux, et certains échanges (notamment entre soins ambulatoires et secteur des maisons de repos, ou entre santé et aide sociale) doivent encore être optimisés. L’interopérabilité des systèmes demeure donc un enjeu central : il s’agit d’assurer une communication fluide entre des plateformes hétérogènes, sans perte d’information ni rupture dans le suivi du patient.
Deuxièmement, la coordination entre niveaux de pouvoir : la structure fédérale complexe de la Belgique peut ralentir certaines avancées en e-santé. Chaque Région ou Communauté a pu développer ses propres projets numériques (p. ex. des plateformes régionales de dossiers partagés, des applications de prévention spécifiques) qui doivent maintenant s’intégrer dans une vision nationale cohérente. Il est nécessaire d’harmoniser les standards et protocoles entre ces initiatives locales et la couche fédérale. De plus, la mise en place d’instruments communs (comme des accords de coopération) prend du temps. Le programme e-santé 2025 devra garantir une gouvernance unifiée malgré la multiplicité des acteurs institutionnels, pour éviter doublons et incompatibilités.
Troisièmement, les inégalités d’accès au numérique et adoption variable : même si l’infrastructure est en place, l’usage effectif des outils numériques par tous les acteurs n’est pas garanti. Du côté des professionnels, il existe encore des résistances au changement ou des difficultés pratiques. Certains médecins plus âgés ou petites structures sont moins à l’aise avec les nouvelles applications, ou craignent que la charge administrative augmente. L’adhésion des prestataires est pourtant cruciale pour réussir la transformation digitale. Des programmes de formation et de soutien restent nécessaires pour amener l’ensemble des soignants à un niveau de compétence numérique adéquat. Du côté des patients, lafracture numérique peut toucher les personnes âgées, défavorisées ou peu instruites aux technologies. Bien que la Belgique soit en tête en Europe pour l’accès en ligne des citoyens à leurs données de santé (score de 100 % de maturité numérique en 2024), cela reflète surtout la disponibilité technique du service. En pratique, une partie de la population n’utilise pas encore son dossier médical électronique ou n’a pas conscience des outils à sa disposition. Travailler sur l’acceptabilité par les patients est donc un défi : il faut instaurer la confiance (quant à la sécurité et la confidentialité), améliorer la littératie numérique en santé de chacun, et prévoir des solutions alternatives pour ceux qui ne peuvent pas utiliser internet (médiation via le médecin généraliste, bornes dans les hôpitaux, etc.).
Quatrièmement, le cadre réglementaire évolutif : le domaine du numérique en santé évolue rapidement, ce qui signifie que le cadre légal doit s’adapter en continu. Or, l’adaptation des lois prend du temps et peut accuser un retard par rapport aux innovations technologiques. Par exemple, la télémédecine a dû attendre la crise du COVID-19 pour obtenir un début de reconnaissance officielle en Belgique, via des arrêtés temporaires. L’IA quant à elle, sera couverte progressivement, par le Règlement européen sur l’IA. Le défi est de mettre à jour les réglementations (agrément des dispositifs médicaux numériques, protection contre de nouveaux risques, etc.) au même rythme que l’innovation, afin de encadrer sans freiner les progrès. Le programme e-santé 2025 devra composer avec ces ajustements légaux en cours, en particulier l’implémentation de l’EHDS et de NIS2, et les recommandations européennes en matière de cybersécurité hospitalière.
Les enjeux
La réussite de l’e-santé 2025 dépendra de la capacité à relever plusieurs enjeux.
Premièrement, la cybersécurité des systèmes de santé : la protection des infrastructures et données de santé contre les cybermenaces est un enjeu primordial. Le secteur hospitalier et médico-social est devenu l’une des cibles favorites des cybercriminels en Europe, avec une recrudescence d’attaques par rançongiciels (ransomware) et vols de données médicales. En 2024, 309 incidents graves de cybersécurité ont été signalés par les pays de l’UE dans le domaine des soins de santé, faisant de ce secteur l’un des plus visés. La Belgique n’est pas épargnée, comme en témoignent certaines attaques médiatisées contre des hôpitaux belges ces dernières années, qui ont paralysé des services et nécessité de restaurer des données à grand frais. Le coût moyen d’un incident majeur est estimé à 300 000 € sans compter l’impact potentiel sur la sécurité des patients (retards de soins, etc.). Dans ce contexte, le programme e-santé 2025 doit renforcer les dispositifs de cybersécurité à tous les niveaux : sécurisation des réseaux hospitaliers, protection accrue des terminaux et logiciels médicaux, surveillance proactive des menaces, et plans de réponse aux incidents. Sur le plan réglementaire, l’application de la directive NIS2 impose aux hôpitaux et fournisseurs de soins critiques de se conformer à des normes de sécurité informatique plus exigeantes, sous peine de sanctions. L’e-santé 2025 devra donc intégrer ces contraintes : par exemple, généraliser l’authentification forte (par eID ou équivalent) pour tout accès aux systèmes médicaux, chiffrer systématiquement les échanges et bases de données, segmenter les réseaux pour contenir d’éventuels intrus, et former le personnel aux bonnes pratiques (hygiène numérique, gestion des mots de passe, détection de phishing, etc.). Un autre aspect important est la continuité de service : il faut garantir que les soins puissent continuer en cas de panne ou d’attaque (plans de reprise, backups). La Commission européenne encourage par ailleurs la création d’un centre de soutien paneuropéen via l’ENISA pour aider les hôpitaux à se préparer et à répondre aux cyber-incidents, initiative à laquelle la Belgique pourra participer. En somme, la cybersécurité n’est plus optionnelle mais bien un prérequis fondamental pour la transformation numérique en cours.
Deuxièmement, l’ interopérabilité et intégration des systèmes : comme évoqué, l’un des plus grands défis techniques est de parvenir à connecter entre eux les nombreux systèmes d’information de santé présents sur le terrain. L’enjeu d’interopérabilité comporte plusieurs dimensions : interopérabilité technique (compatibilité des formats de données, des protocoles d’échange), interopérabilité sémantique (compréhension uniforme des données échangées – par ex. mêmes codes pour diagnostics, médicaments, etc.) et interopérabilité organisationnelle (adaptation des processus de travail pour utiliser efficacement les données partagées). Le programme e-santé 2025 adresse ce défi en misant sur le déploiement du Dossier de Santé Intégré Belge (BIHR) qui servira de colonne vertébrale pour les échanges d’informations cliniques entre tous les prestataires. Techniquement, cela implique d’harmoniser les référentiels et de développer des connecteurs ou API communs. Par exemple, plutôt que de multiplier les interfaces spécifiques entre chaque application et chaque hôpital, l’approche visée est de créer un canal de communication unifié utilisant des standards ouverts (tels que HL7 FHIR pour les échanges cliniques, standard de plus en plus adopté). Ce canal permettra de transporter les prescriptions électroniques, les résultats de laboratoires, les summaries de dossiers (synthèses médicales) de manière standardisée. Le plan e-santé met l’accent sur le recours à des standards internationaux et assure une compatibilité avec les initiatives européennes comme MyHealth@EU (infrastructure de services e-santé de l’UE). Un autre aspect est l’intégration des plateformes existantes : la Belgique disposant déjà de bases de données variées (registre national des médicaments, base de données de vaccination, etc.), il faudra les relier de façon transparente. La poursuite du développement des services de base eHealth signifie par exemple améliorer les services d’indexation et de recherche de documents de santé à l’échelle nationale, afin qu’un professionnel disposant des droits puisse rapidement retrouver les informations pertinentes sur un patient, quel que soit le lieu où elles ont été encodées. Réduire les silos est clé pour éviter les doublons d’examens et les erreurs médicales. Du point de vue réglementaire, l’interopérabilité est aussi un enjeu de normalisation : il s’agit de faire adopter par tous les fournisseurs de logiciels de santé les critères techniques communs. À ce titre, le fait que la plateforme eHealth publie un catalogue des solutions compatibles et impose certaines conditions pour leur agrément (par ex. respect des normes d’échange, utilisation de l’eID pour l’identification) est un outil de régulation important. L’enjeu dans les années à venir sera d’intégrer de nouvelles sources de données (données des applications mobiles de santé, objets connectés, etc.) dans cet écosystème sans compromettre son bon fonctionnement. Cela nécessite une architecture modulaire et évolutive, sur laquelle le programme e-santé 2025 travaille explicitement.
Troisièmement, la protection des données et respect de la vie privée : les données de santé sont particulièrement sensibles, et leur exploitation numérique massive soulève d’importantes questions éthiques et juridiques. L’enjeu principal est de parvenir à un équilibre entre partage utile des données et préservation de la confidentialité. D’une part, le partage fluide des informations médicales entre soignants peut sauver des vies et améliorer la qualité des soins (meilleure coordination, décisions éclairées par l’historique complet du patient). D’autre part, il faut s’assurer que seules les personnes autorisées accèdent aux données, pour les bonnes raisons. Le plan e-santé 2025 doit donc renforcer les mécanismes de gestion des consentements et des accès. Concrètement, chaque consultation ou échange de données via les services eHealth est déjà loggé, et le patient peut consulter la trace des personnes qui ont consulté son dossier (via des applications comme Patient Consent ou sur MaSanté). L’enjeu sera d’améliorer encore la transparence vis-à-vis du patient et de lui donner un contrôle facile sur ses préférences de partage (p. ex. consentir ou non au partage de tel document précis, ou bloquer l’accès à certains prestataires). Du point de vue réglementaire, la conformité au RGPD doit être constamment garantie : principes de minimisation des données, de finalité (les données ne peuvent être utilisées à d’autres fins que le soin ou la recherche autorisée), et de sécurité (mesures techniques et organisationnelles adéquates) doivent être respectés à chaque nouvelle application déployée. L’autorité de protection des données a un rôle de surveillance et peut imposer des corrections en cas de manquements. Un défi particulier concerne l’ouverture des données de santé à des fins de recherche ou d’innovation (par exemple alimenter des algorithmes d’IA ou des études épidémiologiques). L’anonymisation/pseudonymisation robuste des données sera indispensable pour exploiter le gisement d’informations de santé publique tout en préservant la vie privée individuelle. Le plan e-santé 2025 prévoit également d’intégrer les dispositions du futur Règlement européen EHDS, qui visera à uniformiser à l’échelle européenne les conditions de partage des dossiers de santé et de réutilisation des données dans un cadre de confiance. Enfin, la sensibilisation des professionnels au secret médical version numérique reste un enjeu : une fuite accidentelle (par ex. laisser son écran visible, ou envoyer un document non chiffré par e-mail) est toujours possible. Il faudra continuer à former et responsabiliser les utilisateurs quant à la protection des données des patients, pour que la culture de confidentialité demeure aussi forte dans le monde digital qu’elle l’était sur papier.
Les bénéfices attendus
La mise en œuvre réussie de l’e-santé 2025 devrait engendrer de nombreux bénéfices.
Premièrement, l’amélioration de l’accès aux soins et de la continuité des services : le numérique peut réduire les barrières géographiques ou organisationnelles dans l’accès aux soins. Le programme e-santé 2025, en favorisant la télémédecine et les outils connectés, devrait faciliter la prise en charge des patients à distance. Par exemple, un patient en zone rurale ou à mobilité réduite pourra plus aisément consulter un spécialiste via vidéoconférence, ou envoyer des données de suivi depuis son domicile (télésurveillance). De fait, l’INAMI finance déjà des projets de télésurveillance de patients chroniques (comme des applications pour insuffisants cardiaques), et ce type de service est appelé à s’étendre. Cela améliore l’accessibilité en évitant des déplacements inutiles et en permettant des soins en temps réel, quel que soit le lieu. En outre, un dossier médical intégré et partageable signifie que dans n’importe quel établissement de soins où se rend un patient, les soignants autorisés pourront accéder rapidement à ses antécédents, traitements en cours et allergies. Cela évite que le patient ait à répéter son histoire et assure une continuité des soins sans rupture. Même en situation d’urgence (ex: admission inconsciente), les médecins pourront consulter un résumé médical ou les dernières prescriptions du patient via les réseaux e-santé, ce qui peut orienter la prise en charge de manière cruciale. Globalement, on attend donc une réduction des inégalités d’accès (meilleure couverture des besoins en zones isolées, accès facilité pour les personnes avec contraintes horaires grâce aux services en ligne) et une plus grande équité dans le système de soins.
Deuxièmement, la gestion optimisée des données médicales et efficacité du système : un des bénéfices majeurs de la numérisation est l’efficacité accrue dans la gestion des informations de santé. La fin annoncée de la fragmentation des données va permettre d’éliminer les doublons et les pertes d’information. Concrètement, un professionnel disposera d’une vue complète du parcours de soin de son patient, grâce au Dossier Santé Intégré. Cette centralisation intelligente évite de répéter des examens déjà faits ailleurs, ou de prescrire des médicaments en interaction avec d’autres traitements inconnus jusqu’alors. Le partage du schéma de médication et des résultats de laboratoire en est un exemple : à tout moment, un médecin peut savoir quels médicaments ont été délivrés au patient (via l’appli Mes Médicaments ou le dossier pharmacologique partagé), améliorant la sécurité des prescriptions. Pour les soignants, l’accès simplifié à l’information signifie aussi un gain de temps administratif : moins de coups de fil et de fax pour obtenir un document, moins de recherche fastidieuse d’archives papier. Le plan e-santé 2025 ambitionne de réduire la charge administrative pesant sur les médecins, ce qui leur laissera plus de temps pour les tâches à valeur ajoutée (consultation, contact humain). De plus, la disponibilité de données fiables ouvre la porte à une meilleure gestion de la santé publique : agrégées (et anonymisées), les informations pourront être analysées pour détecter des tendances épidémiologiques, évaluer la qualité des soins, ou allouer les ressources de manière plus efficiente. Par exemple, Sciensano (l’institut de santé publique) via sa plateforme Healthdata.be collecte déjà de nombreuses données pour la recherche ; l’enrichissement de ces bases contribuera à la connaissance en santé (surveillance des maladies, impact des politiques de prévention, etc.). Enfin, une gestion optimisée des données se traduit aussi par un système de santé plus efficient économiquement : moindres redondances d’actes, détection plus précoce des problèmes (grâce au suivi numérique), et pilotage plus fin des dépenses de l’assurance maladie.
Troisièmement, le renforcement de la relation patients – professionnels de santé : contrairement à certaines craintes, le numérique peut améliorer et non diminuer la qualité de la relation humaine dans les soins, à condition d’être utilisé intelligemment. Le programme e-santé 2025 met l’accent sur l’autonomisation du citoyen et le recentrage sur le patient. En ayant accès à son propre dossier via un tableau de bord personnel sécurisé, le patient devient acteur de sa santé : il peut consulter ses résultats, mieux comprendre son traitement, préparer des questions pour son médecin, et même corriger ou compléter certaines informations (comme son historique familial, ou signaler un effet indésirable via une appli). Cette transparence tend à renforcer la confiance entre patient et soignant, car elle instaure un dialogue plus équilibré. Le professionnel de santé, de son côté, bénéficie d’outils d’aide à la décision (par exemple une alerte logicielle si une interaction médicamenteuse est détectée, ou des guidelines intégrées) qui peuvent améliorer la qualité du conseil médicaldonné au patient. Libéré de certaines tâches administratives, il peut consacrer plus de temps à l’écoute et à l’explication. Par ailleurs, les canaux numériques offrent de nouveaux moyens de communication complémentaires à la consultation en personne : messagerie sécurisée pour une question brève, téléexpertise pour obtenir l’avis d’un spécialiste à distance (ce qui in fine profite au patient), etc. Le résultat attendu est une relation plus interactive et personnalisée. Le patient bien informé est encouragé à prendre part aux décisions le concernant (partage décisionnel), ce qui améliore l’adhésion aux traitements et la satisfaction globale. Du point de vue des professionnels, pouvoir collaborer via des plateformes partagées sur un même dossier favorise un travail d’équipe pluridisciplinaire autour du patient. L’e-santé 2025, en améliorant l’interopérabilité, vise justement à “créer un espace pour des soins axés sur les personnes et leurs objectifs”. En somme, le numérique doit permettre de recentrer le système sur le patient sans alourdir le travail des soignants, voire en le simplifiant.
Quatrièmement, l’ innovation et qualité des soins : un bénéfice plus large et à long terme de la transition numérique est de rendre le système de santé plus innovant et agile. Avec une base de données de santé robuste et interconnectée, il devient plus facile de déployer de nouvelles applications (par exemple intégrer des outils d’intelligence artificielle pour l’aide au diagnostic, puisque les données nécessaires seront disponibles en temps réel). Le programme e-santé 2025 compte d’ailleurs sur le numérique comme “moteur de l’innovation pour des soins intégrés et accessibles”. On peut s’attendre à ce que la qualité des soins s’en trouve améliorée de manière continue, grâce à la diffusion plus rapide des connaissances (plateformes de formation en ligne, retours d’information en pratique via les indicateurs qualité), et à la possibilité pour les cliniciens d’accéder en un clic aux dernières recommandations ou à l’avis de confrères. L’e-santé offre aussi l’opportunité de développer des approches de médecine personnalisée : par exemple, en combinant les données cliniques et génomiques d’un patient dans des bases sécurisées, il sera possible de mieux adapter les traitements (pharmacogénomique). La Belgique étant en pointe en Europe dans l’usage du numérique, elle peut servir de laboratoire d’innovations et attirer des projets pilotes internationaux, ce qui bénéficierait aux patients belges (accès précoce à de nouvelles technologies médicales). Ainsi, les retombées attendues du programme ne se limitent pas à des gains d’efficience, mais englobent une élévation globale de la qualité et de la sécurité des soins par l’innovation.
Les risques
Malgré les bénéfices attendus, le programme e-santé 2025 devra composer avec un certain nombre de contraintes et risques.
Premièrement, le financement et viabilité financière : Le déploiement à grande échelle de solutions numériques dans la santé requiert des investissements conséquents. La question du financement du projet e-santé 2025 se pose. Une partie des fonds provient du budget public (fédéral et entités fédérées) et éventuellement de subsides européens (par ex. via le plan de relance UE ou des programmes comme le Digital Europe). Toutefois, les ressources ne sont pas illimitées et doivent être réparties entre de nombreux besoins du secteur de la santé. Il existe un risque que certaines initiatives du plan soient sous-financées si les crédits alloués s’avèrent insuffisants ou retardés. Par exemple, l’informatisation des hôpitaux nécessite la mise à niveau régulière des équipements et logiciels : sans financement adéquat, les établissements pourraient différer ces investissements. De même, le maintien en condition opérationnelle (maintenance, support, cybersécurité) des nouvelles plateformes impliquera des coûts récurrents. Il faudra donc assurer une stratégie de financement pérenne, potentiellement via des partenariats public-privé ou des économies générées ailleurs (la digitalisation peut à terme réduire certaines dépenses, mais ces économies ne se matérialisent qu’après plusieurs années). Un autre aspect est la répartition des coûts entre acteurs : par exemple, qui paie pour l’intégration d’un cabinet privé au dossier intégré ? Le risque est que sans incitations financières suffisantes, certains acteurs n’adhèrent pas (un médecin généraliste indépendant pourrait rechigner à investir dans un logiciel certifié s’il n’y trouve pas son compte financier). Le programme e-santé devra donc calibrer des incitants économiques (subventions, primes, remboursements de téléservices) pour susciter l’adoption, tout en contenant les coûts. Enfin, en cas de dépassement budgétaire ou de retard, il convient de prioriser les projets à plus forte valeur ajoutée, sous peine de devoir étaler le calendrier de mise en œuvre.
Deuxièmement, l’adhésion des professionnels de santé : La participation active des médecins, pharmaciens, infirmiers et autres soignants est un facteur de réussite incontournable pour l’e-santé. Or l’adhésion de ces professionnels ne va pas de soi, en particulier s’ils perçoivent les outils numériques comme une contrainte supplémentaire. Certains risques ont été observés lors de précédentes réformes : par exemple, l’introduction du dossier médical informatisé s’est heurtée au départ à des réticences liées à la charge de travail (saisie informatique perçue comme chronophage). De même, la prescription électronique a soulevé des critiques lorsqu’elle fut rendue obligatoire, notamment en cas de panne du système. Pour que les soignants adoptent pleinement les nouveaux services, il faudra veiller à l’ergonomie des applications (interfaces rapides, intuitives, intégrées à leur flux de travail). Le programme e-santé 2025 devra impliquer les professionnels dès la conception (approche participative) afin de répondre au mieux à leurs besoins réels. Malgré tout, une partie du personnel pourrait opposer une résistance au changement par habitude ou manque de formation. La courbe d’apprentissage des nouvelles technologies peut générer du stress et une baisse transitoire de productivité, ce qui constitue un risque à court terme. Pour atténuer cela, des formations ciblées et un accompagnement (par des changements managers ou des « médecins champions » du numérique) seront nécessaires. Un autre point d’attention est la rémunération : si certaines tâches médicales se transforment (par ex. répondre à des e-mails de patients, réaliser des téléconsultations), il faudra adapter le modèle de financement des soins pour que ces actes soient reconnus et rémunérés équitablement. Sans cela, les professionnels pourraient se démotiver et ne pas utiliser les outils mis à disposition.
Troisièmement, l’acceptabilité par les patients et le public : du côté des citoyens, différents facteurs peuvent limiter l’acceptation des innovations e-santé. Le premier est la préoccupation pour la vie privée : certains patients pourraient hésiter à ce que toutes leurs données médicales soient accessibles en ligne, par crainte de fuites ou d’utilisations abusives. Des scandales passés (vols de données de santé, etc.) ou la méfiance générale envers les grandes plateformes numériques peuvent alimenter ces craintes. Il faudra donc communiquer de manière transparente sur les garanties de sécurité et le cadre légal solide protégeant les données (RGPD, consentement, etc.), afin de rassurer le public. Le deuxième facteur est la fracture numérique évoquée : une partie de la population (personnes âgées isolées, personnes en situation de précarité ou d’illettrisme numérique) risque de ne pas profiter des avancées si des mesures d’inclusion ne sont pas prises. Le risque est de créer une double vitesse en santé : les patients connectés et proactifs d’un côté, bénéficiant de services optimisés, et de l’autre des patients « déconnectés » qui continueraient à avoir un parcours plus fragmenté. Le programme e-santé 2025 devra intégrer des solutions pour ne laisser personne de côté : par exemple, maintenir des canaux traditionnels parallèles (accueil physique, support téléphonique) pour ceux qui en ont besoin, former des médiateurs numériques en santé (agents d’assurances maladie, assistants sociaux pouvant aider les patients à utiliser les outils), et améliorer l’accessibilitédes applications (interfaces multilingues, compatibilité avec des aides techniques pour malvoyants, etc.). Par ailleurs, l’acceptabilité passe par la démonstration de la plus-value : si les patients perçoivent clairement les avantages (prise en charge plus rapide, moins d’examens inutiles, plus de contrôle sur leur santé), ils seront enclins à participer. Une communication pédagogique, éventuellement appuyée par des associations de patients, sera nécessaire pour expliquer les changements. Enfin, il faut envisager le risque d’erreurs technologiques qui pourraient entamer la confiance du public : par exemple, un bug qui enverrait des informations au mauvais patient, ou une panne majeure du système eHealth rendant indisponibles des données critiques. De tels incidents, s’ils survenaient, seraient très médiatisés et pourraient entamer la crédibilité de l’e-santé. Minimiser ces risques techniques et avoir un plan de communication de crise seront importants pour préserver l’adhésion des patients.
Quatrièmement, les défis organisationnels et humains : Outre les aspects financiers et d’acceptation, le programme e-santé fait face à des contraintes organisationnelles significatives. La transformation numérique va bousculer certains modes de fonctionnement établis dans les hôpitaux et les cabinets. Par exemple, la gestion du changement de workflowinterne : passer d’un dossier papier à un dossier électronique partagé modifie les processus (saisie en consultation, nouveaux protocoles de validation en cas d’accès distant, etc.). Les établissements de santé devront adapter leurs procédures et parfois redéfinir les rôles de chacun (par ex. création de postes de référents numériques, implication accrue du département IT dans la gouvernance hospitalière). Cela peut rencontrer des résistances en interne si ce n’est pas bien préparé. Le calendrier de déploiement simultané de multiples projets pose aussi un défi de gestion : il faudra coordonner le déploiement de solutions dans des centaines d’institutions différentes sans perturber la continuité des soins. Le risque est une surcharge organisationnelle si trop de changements arrivent en même temps sur le terrain. Il convient donc de séquencer intelligemment les mises en place, et d’allouer du temps pour la formation et l’adaptation. Par ailleurs, la collaboration accrue entre métiers (professionnels de santé, ingénieurs informatiques, gestionnaires) nécessite une culture interdisciplinaire qui n’est pas innée. Combiner les visions médicales et technologiques pour construire l’e-santé demande du leadership et une bonne communication. Le plan interfédéral prévoit des structures de gouvernance partagées, mais leur efficacité dépendra des individus qui les composent. Enfin, un risque à mentionner est la soutenabilité à long terme : le numérique évolue vite, il faudra constamment mettre à jour les systèmes, former de nouveaux utilisateurs, etc. Un projet d’une telle ampleur n’est jamais « terminé » – il nécessite une amélioration continue. Si l’effort s’essouffle après 2027 faute de relais, les acquis pourraient stagner.
Conclusion
Conçu en réponse à un contexte sanitaire en mutation et bâti sur les fondations déjà posées au cours de la dernière décennie, le plan e-santé 2025-2027 affiche des ambitions fortes : améliorer l’accessibilité, la qualité et l’efficience des soins grâce aux technologies numériques, tout en renforçant la position de la Belgique en tant que leader européen de la santé en ligne. L’analyse du contexte actuel montre que le pays dispose d’atouts considérables (infrastructures matures, cadre juridique en place, expérience des premiers services numériques), mais aussi de défis de taille tels que l’interopérabilité totale des systèmes, la cybersécurité et l’adhésion de tous les acteurs.
Les enjeux techniques et réglementaires mis en lumière – sécurisation des données, mise en réseau des applications, respect de la vie privée – devront être gérés avec rigueur pour garantir le succès du programme. Les bénéfices attendus, quant à eux, sont multiples : du patient mieux informé et soigné de manière continue, au professionnel libéré de certaines contraintes et collaborant plus efficacement, jusqu’au système de santé globalement plus intelligent dans sa gestion. Néanmoins, la route vers ces bénéfices est parsemée de contraintes qu’il ne faut pas sous-estimer. Le financement, l’acceptation humaine, la conduite du changement et la coordination interfédérale représentent des facteurs critiquesqu’il faudra piloter de près.
Le programme e-santé 2025 constitue ainsi un chantier transversal mobilisant à la fois la technologie, l’organisationnel et l’humain. S’il réussit, il pourrait servir de modèle et d’inspiration pour d’autres pays en Europe, d’autant plus que la transformation numérique des soins est un impératif mondial à l’ère post-pandémie. La Belgique affiche d’ores et déjà un leadership dans ce domaine (avec le taux de maturité numérique le plus élevé de l’UE en 2024), ce qui est de bon augure pour la poursuite de sa transition digitale en santé. En tenant le cap sur les objectifs fixés et en surmontant les obstacles identifiés, l’e-santé 2025 a le potentiel de faire entrer durablement le système de santé belge dans une nouvelle ère, au bénéfice de l’ensemble de la population.
Références
INAMI. Plan d’action interfédéral eSanté 2025-2027. Le Spécialiste, 11 février 2025. (extrait présentant les objectifs et axes du plan) (https://www.lespecialiste.be/fr/actualites/e-health/esante-2025-2027-l-inami-devoile-la-nouvelle-feuille-de-route-numerique-de-la-belgique.html#:~:text=L%27ambition%20est%20de%20d%C3%A9velopper%20une,cet%20%C3%A9cosyst%C3%A8me%20int%C3%A9gr%C3%A9%20favorisera%20la)
INAMI. Qu’est-ce qui a déjà été réalisé dans le domaine de l’e-Santé ? Page thématique eSanté, consulté en 2025. (présentation des services numériques déjà en place : e-prescription, eAttest, etc.) (eSanté | INAMI).
Plateforme eHealth (INAMI). Le numérique au service des patients et des dispensateurs de soins. Page thématique, consulté en 2025. (exemples de services e-santé existants et primes à l’informatisation) (eSanté | INAMI).
G_NIUS (Agence du Numérique en Santé, France). Le numérique en santé en Belgique : décryptage. 2023. (aperçu du système belge, plateformes BCSS et eHealth, taux d’utilisation, etc.) (Numérique en Santé Belgique : décryptage I G_NIUS).
Le Spécialiste. La Belgique domine le classement de la santé en ligne en Europe. 26 juillet 2024. (Belgique classée pays le plus mature en e-santé avec score 100 %) (La Belgique domine le classement de la santé en ligne en Europe - Le Spécialiste).
Le Spécialiste (Belga). Un plan d’action européen pour la cybersécurité des hôpitaux et des soignants. 15 janvier 2025. (statistiques sur les cyberattaques dans la santé en Europe et initiatives ENISA) (Un plan d’action européen pour la cybersécurité des hôpitaux et des soignants - Le Spécialiste).
Bretagne Commerce International. La Belgique investit dans le secteur de la santé numérique. 13 septembre 2024. (contexte du secteur e-santé belge, fragmentation initiale et plateformes d’échange) (La Belgique investit dans le secteur de la santé numérique - Bretagne Commerce International).
SPF Santé publique (Belgique). Protection des données – cadre RGPD. Page officielle, mise à jour 2023. (réglementation sur les données de santé et registre national des professionnels).
Commission Européenne. Étude sur les indicateurs de santé en ligne pour la décennie numérique 2024. Rapport préparé pour la CE, 2024. (cité par Le Spécialiste pour le classement UE de la Belgique en santé en ligne).
Conférence Interministérielle Santé Publique. Plan d’action e-Santé 2022-2024. Protocole d’accord, octobre 2022. (document de référence ayant préparé l’arrivée d’e-santé 2025, mention de l’Espace Européen des Données de Santé).Sciensano. Healthdata.be. Plateforme de données de santé belge, consultée en 2025. (référencée pour la collecte de données de recherche en Belgique).